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Devenir charpentier : les formations post bac pour accéder à un métier clé du bâtiment

Devenir charpentier : les formations post bac pour accéder à un métier clé du bâtiment

Devenir charpentier : les formations post bac pour accéder à un métier clé du bâtiment

Pourquoi la charpente reste un métier d’avenir

Sur un chantier, il y a toujours un moment que j’attends avec impatience : celui où la charpente se dresse. Tout à coup, le bâtiment prend une silhouette, une présence. Le squelette apparaît, brut, puissant, précis. Le charpentier, c’est celui qui donne au volume sa structure, sa logique, sa tenue dans le temps.

Dans un contexte où l’on parle de plus en plus de construction bas carbone, de biosourcé, de réemploi, le bois est en train de reprendre une place centrale. Et avec lui, la charpente. Immeubles de grande hauteur en bois, surélévations, extensions, rénovations énergétiques… le charpentier ne manque pas de chantiers, et encore moins de défis.

Si tu arrives après le bac et que tu regardes ce métier avec envie (ou si tu envisages une reconversion), la bonne nouvelle, c’est qu’il existe aujourd’hui plusieurs parcours post-bac sérieux pour devenir charpentier, ou monter en compétences sur la construction bois. On est loin de l’image du “métier appris sur le tas”. Ici, on parle de techniques pointues, de calcul de structures, de normes, d’enveloppe thermique, mais aussi de gestes précis et de bois qui craque sous la lame.

Le métier de charpentier aujourd’hui : bien plus que des poutres et des chevrons

Avant de parler formations, il faut comprendre ce que recouvre le métier aujourd’hui. Le charpentier moderne navigue entre deux mondes :

  • le chantier, avec la pose, l’assemblage, les ajustements, la lecture de plans, la coordination avec les autres corps d’état ;
  • l’atelier ou le bureau, avec le traçage, le dessin, parfois la DAO/CAO, la préparation des pièces, l’usinage sur machines traditionnelles ou à commande numérique.
  • Ses missions peuvent aller bien au-delà de la “simple” charpente traditionnelle :

  • charpente industrielle, fermettes, structures légères ;
  • ossature bois pour maisons et extensions ;
  • charpentes complexes pour bâtiments publics, halles, équipements sportifs ;
  • rénovation de patrimoine, renforts structurels, reprises en sous-œuvre ;
  • intégration de contraintes thermiques, acoustiques, parasismiques, réglementaires.
  • On est donc sur un métier où l’on travaille autant avec la tête qu’avec les mains : lire une note de calcul, comprendre un plan d’exécution, gérer des tolérances au millimètre, mais aussi apprécier le fil du bois, anticiper les déformations, sentir si une pièce “travaille” ou non.

    Peut-on devenir charpentier après le bac sans passer par le CAP ?

    Traditionnellement, la voie royale vers la charpente, c’était le CAP ou le bac pro. Désormais, avec la montée en puissance de la construction bois, les formations post-bac se sont structurées. Si tu as déjà ton bac (général, techno, pro), plusieurs scénarios sont possibles :

  • tu pars sur un BTS fortement orienté bois/charpente, avec beaucoup de technique et de stage ;
  • tu vises un parcours plus “ingénierie du bois” (BUT, puis école d’ingénieurs) pour te diriger vers les études et le pilotage de projets ;
  • tu passes par une structure comme les Compagnons du Devoir, qui mêle très haut niveau de geste et solide bagage théorique ;
  • tu optes pour une formation de reconversion accélérée, si tu es déjà dans la vie active.
  • La vraie question à te poser n’est pas “quelle est la meilleure formation ?”, mais : “où est-ce que je veux être sur un chantier dans 5 à 10 ans ? Sur le toit, harnais au dos, maillet en main ? Ou derrière l’écran, à dimensionner la structure que d’autres monteront ? Ou un peu des deux ?”.

    BTS Systèmes constructifs bois et habitat (SCBH) : la voie royale post-bac

    Si je devais citer un diplôme post-bac taillé pour la charpente moderne, ce serait lui : le BTS SCBH. C’est la formation qui colle le plus à la réalité des entreprises de charpente et de construction bois.

    Objectif du BTS SCBH : former des techniciens capables de :

  • concevoir et dimensionner des ouvrages en bois (charpente, ossature, structures spéciales) ;
  • préparer la fabrication et la pose (plans, débits, procédures) ;
  • piloter un chantier ou un atelier, encadrer une petite équipe ;
  • dialoguer avec l’architecte, le bureau d’études, le client, les fournisseurs.
  • Au programme, très concrètement :

  • résistance des matériaux appliquée au bois (poutres, assemblages, flèches, charges…) ;
  • techniques constructives : charpente traditionnelle, fermettes, ossature bois, panneaux CLT ;
  • réglementation thermique, acoustique, feu, stabilité ;
  • DAO/CAO, logiciels spécifiques bois, préparation pour machines à commande numérique ;
  • gestion de chantier, métré, devis, planning, sécurité.
  • Le rythme est dense, avec une alternance régulière entre cours, projets, études de cas, maquettes et périodes en entreprise (en alternance ou via des stages longues durées).

    Pour qui ?

    Le BTS SCBH est accessible :

  • après un bac pro (Technicien constructeur bois, Technicien charpentier bois, Technicien du bâtiment…) ;
  • après un bac techno STI2D (surtout spécialité architecture et construction) ;
  • après un bac général avec un bon niveau en maths/physique et une vraie motivation pour le bois et le chantier.
  • C’est une voie parfaite si tu veux, à terme, endosser un rôle de chef d’équipe, conducteur de travaux charpente/bois, métreur, technicien d’études… tout en gardant un lien fort avec le terrain.

    Autres BTS utiles pour se rapprocher de la charpente

    Le BTS SCBH n’est pas le seul point d’entrée possible. Selon ton projet, d’autres BTS peuvent aussi faire sens, notamment si tu vises une progression vers l’ingénierie ou le pilotage global de projets.

    BTS Bâtiment ou BTS Travaux Publics

    Ces formations te mènent vers des postes de conducteur de travaux ou chef de chantier tous corps d’état. Tu n’es plus focalisé sur la charpente, mais tu peux te spécialiser ensuite vers la construction bois dans des entreprises qui en font leur cœur de métier.

    Au menu :

  • gestion de chantier tous corps d’état ;
  • lecture de plans, coordination, planning, sécurité ;
  • un peu de technique structure, mais moins bois-spécifique que le SCBH.
  • BTS Enveloppe des bâtiments : conception et réalisation (EBCR)

    Ici, on touche davantage à la peau du bâtiment : isolation, façades, étanchéité. C’est pertinent si tu veux travailler sur l’interface structure/isolant/couverture, notamment dans les projets bois-toiture, bardages, surélévations.

    Tu peux ensuite te rapprocher du monde de la charpente via des expériences professionnelles, des modules complémentaires ou une licence pro orientée bois.

    BUT Génie civil – Construction durable : pour ceux qui visent les études et l’ingénierie bois

    Si tu aimes les maths, les modèles, les plans complexes et que tu t’imagines plus volontiers à dimensionner qu’à lever des poutres, le BUT Génie civil – Construction durable est une piste solide. C’est un diplôme en trois ans, plus généraliste qu’un BTS, mais qui peut être orienté vers le bois.

    Tu y apprendras :

  • la mécanique des structures (béton, acier, bois) ;
  • la conception de bâtiments dans leur ensemble ;
  • la conduite de chantiers, la gestion de projet ;
  • les bases de la performance énergétique et environnementale.
  • Ensuite, tu peux te spécialiser via :

  • une licence professionnelle “Construction bois”, “Structures bois”, “Éco-construction”… ;
  • une école d’ingénieurs avec une filière bois (ENSTIB, École supérieure du bois, INSA avec option bois, etc.).
  • Résultat : tu pourras travailler comme ingénieur structure bois, ingénieur études, chargé de projet construction bois, en étroite collaboration avec les charpentiers qui réalisent. On est un peu plus loin du chantier au quotidien, mais sans cette partie calcul et conception, aucune charpente d’envergure ne se lève.

    Les Compagnons du Devoir : l’excellence du geste et du parcours

    Parler de charpente sans évoquer les Compagnons du Devoir serait un oubli impardonnable. On entre ici dans une tradition qui mêle exigence technique, transmission, et un certain art de vivre le métier.

    Après le bac, il est possible d’intégrer des parcours chez les Compagnons pour préparer des diplômes (CAP, BP, voire titres de niveau supérieur), souvent en alternance avec des entreprises de charpente. Même avec un bac général, si tu arrives avec de la motivation, tu peux être accompagné vers un parcours diplômant de charpentier.

    La spécificité de cette maison :

  • un niveau de précision et de rigueur dans le trait de charpente, rarement égalé ;
  • la possibilité de faire un Tour de France, en changeant régulièrement d’entreprise et de région ;
  • un ancrage très fort sur le geste, l’ouvrage bien fait, la fierté de laisser une trace dans le paysage bâti.

    Pour quelqu’un qui cherche à devenir un charpentier “d’exception”, capable de travailler aussi bien sur des monuments historiques que sur des ouvrages contemporains audacieux, c’est une voie à regarder de près. Elle peut d’ailleurs se combiner avec un BTS ou être suivie d’une spécialisation bois/structure.

    Licences professionnelles et spécialisation bois après un bac+2

    Une fois un bac+2 en poche (BTS SCBH, BTS Bâtiment, BUT2, etc.), tu peux encore affiner ta trajectoire grâce à une licence professionnelle. Ces formations d’un an, souvent en alternance, sont très appréciées des entreprises, car elles produisent des profils immédiatement opérationnels sur un segment précis.

    Les thématiques les plus pertinentes pour un futur charpentier/technicien bois :

  • Licence pro “Construction bois” ;
  • Licence pro “Structures bois et habitat durable” ;
  • Licence pro “Économie de la construction bois” ;
  • Licence pro “Éco-construction et performance énergétique”.
  • Concrètement, tu peux évoluer vers des postes de :

  • chargé d’affaires charpente/ossature bois ;
  • dessinateur-projeteur charpente bois ;
  • technicien méthodes en atelier bois ;
  • coordinateur technique pour constructions bois à haute performance énergétique.
  • C’est une bonne marche supplémentaire si tu te vois à moyen terme encadrer des équipes, piloter des projets, dialoguer d’égal à égal avec les architectes et les bureaux d’études.

    Reconversion : devenir charpentier quand on a déjà une vie professionnelle

    Et si tu lis ces lignes avec une souris dans une main et un dossier Excel dans l’autre, en te disant “j’ai raté ma vocation” ? Rassure-toi : on croise de plus en plus sur les chantiers des charpentiers venus d’ailleurs. Développeurs, commerciaux, ingénieurs, éducateurs… le bois attire ceux qui veulent remettre du concret et du sens dans leur quotidien.

    Pour changer de voie, plusieurs solutions existent :

  • titres professionnels via l’AFPA ou des centres de formation privés, avec des parcours intensifs sur plusieurs mois ;
  • certificats de qualification professionnelle (CQP) en charpente bois, parfois financés dans le cadre de la formation continue ;
  • apprentissage adulte en contrat pro, en visant un CAP ou un diplôme équivalent.
  • Souvent, la meilleure entrée reste le terrain : trouver une entreprise prête à te prendre comme apprenti adulte ou ouvrier débutant, puis articuler progressivement l’expérience chantier avec des modules de formation plus théoriques. Les capacités d’observation, d’organisation, de communication acquises dans ton premier métier peuvent devenir de vrais atouts sur un chantier.

    Compétences humaines et techniques : ce qu’on ne lit pas dans les plaquettes de formation

    Les référentiels officiels parlent de charges admissibles, de coefficient de fluage, de classes de service. Sur le papier, tout est propre, normé, maîtrisé. Sur un toit, sous un vent de nord-est en plein mois de février, la réalité est un peu plus rugueuse.

    Pour être bien dans ce métier, quelques qualités font réellement la différence :

  • Le sens de l’espace : visualiser un volume, comprendre une coupe en 3D uniquement à partir d’un plan 2D, imaginer le parcours d’une poutre de la grue jusqu’à sa position finale.
  • La précision : en charpente, 5 mm de jeu peuvent être un luxe… ou une catastrophe. La tolérance, c’est ce que tu décides, pas ce que tu subis.
  • La condition physique et la vigilance : on travaille en hauteur, parfois dans des postures inconfortables. Le harnais n’est pas une option, c’est un réflexe.
  • L’esprit d’équipe : une charpente, ça ne se lève pas seul. Chaque coup de main compte, littéralement.
  • La curiosité technique : nouvelles connectiques, logiciels de taillage numérique, panneaux innovants… le bois est un matériau ancien, mais en pleine révolution.
  • Les formations post-bac sérieuses intègrent de plus en plus cette dimension humaine et pratique : projets collaboratifs, chantiers-écoles, alternance. Le diplôme donne une base. Le métier, tu l’apprends ensuite, morceau par morceau, poutre après poutre.

    Comment choisir sa formation de charpentier post-bac ?

    Devant la diversité de l’offre, quelques repères simples peuvent t’aider à faire un choix cohérent :

  • Tu veux être au plus près du bois et du geste : vise un BTS SCBH en alternance, éventuellement complété par un parcours chez les Compagnons. Tu seras rapidement sur les toits, mais avec une vraie colonne vertébrale technique.
  • Tu te projettes dans les études, le calcul, la conception : pars sur un BUT Génie civil, puis une spécialisation bois (licence pro, école d’ingénieurs). La charpente sera ton terrain de jeu sur l’écran avant de devenir une réalité sur le terrain.
  • Tu veux encadrer des chantiers tous corps d’état, avec une sensibilité bois : un BTS Bâtiment ou un BUT Génie civil, agrémenté d’expériences en entreprises bois/charpente, fera le lien.
  • Tu es en reconversion : regarde les titres pro, les CAP en formation adulte, et essaie de profiter des dispositifs de financement (CPF, transitions pro, etc.). Une entreprise prête à t’accompagner fera souvent la différence.
  • Dans tous les cas, ne te limite pas à la lecture des programmes sur internet. Va voir les centres de formation, discute avec les formateurs, demande à passer une journée en immersion, parle aux apprentis. Le métier s’entend dans les récits de ceux qui le vivent, bien plus que dans les plaquettes PDF.

    Un métier clé, une structure pour la vie

    Devenir charpentier aujourd’hui, c’est accepter d’entrer dans un monde où chaque ligne tracée sur un plan finit par se traduire en poutre réelle, en panne, en chevron, en platelage. C’est participer à cette transition où l’on remplace peu à peu une partie du béton par du bois, où l’on redécouvre les vertus des matériaux biosourcés et des systèmes constructifs sobres.

    Les formations post-bac sont là pour te donner les outils nécessaires : maths, résistance des matériaux, lecture de plans, réglementation, logiciels. Mais au bout du compte, ce qui fera de toi un bon charpentier, ce sera cette alliance entre la rigueur de l’ingénieur et le regard de l’artisan. Celle qui fait qu’en levant la tête sous un toit, tu verras plus qu’un empilement de pièces : une structure, une logique, une histoire.

    Si tu sens que quelque chose résonne en toi à l’idée de faire tenir le monde avec des pièces de bois soigneusement assemblées, alors la charpente mérite au moins que tu lui accordes un rendez-vous. Le reste, ce sera une affaire de formation… et de passion.

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